SYNTHESE DE LA RECOMMANDATION
LE COURTAGE EN LIGNE DES BIENS CULTURELS
Rendue publique le 22 juillet 2004
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Faisant suite à des critiques émises par la Commission européenne, le régime juridique applicable aux ventes aux enchères publiques de biens mobiliers a fait l'objet, en France, d'une modification législative par une loi du 10 juillet 2000. Ce texte a eu pour effet de mettre fin au monopole des commissaires priseurs et d'encadrer l'exercice de l'activité des ventes volontaires aux enchères publiques de biens meubles.
Au cours des débats, les parlementaires ont étendu le champ de ces dispositions aux opérations de ventes aux enchères électroniques et aux opérations de courtage sous formes d'enchères portant sur des biens culturels. Ces dernières se caractérisent par l'absence d'adjudication et d'intervention d'un tiers dans la conclusion du contrat de vente.
En l'absence d'intervention d'un texte réglementaire définissant le contour exact de la notion de « biens culturels », le Conseil des ventes volontaires a émis un avis en septembre 2002 proposant une définition, avis critiqué par les sociétés de courtage en ligne. Devant cette différence de position, le Forum a proposé de mettre en place un groupe de travail sur le sujet.
A lorigine, lobjectif de ce groupe était de proposer une définition des biens culturels au sens du troisième alinéa de larticle L 321-3 du Code de commerce, puis il est apparu nécessaire détudier de façon générale le régime applicable au courtage en ligne de ces biens et de proposer des solutions destinées à assurer les objectifs posés par la loi du 10 juillet 2000 dans le respect des règles communautaires relatives au commerce électronique.
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Lune des premières interrogations à laquelle a été confronté le groupe de travail mis en place par le Forum des droits sur l'internet est celle de la compétence du Conseil des ventes volontaires pour édicter lavis contesté.
Le Forum des droits sur l'internet a estimé que le Conseil des ventes volontaires a pu valablement émettre un avis sur la portée de larticle L. 321-3 du Code de commerce, cet avis nayant pas, néanmoins, de caractère obligatoire, en labsence de toute disposition législative ou réglementaire lui octroyant explicitement un tel pouvoir en la matière.
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Le Forum a tout dabord considéré que certaines obligations imposées par les articles L.321-3 et suivants du Code du commerce étaient difficilement applicables aux activités de courtage en ligne. En effet, elles leur imposeraient des obligations telles quelles ne seraient sans doute pas en mesure daccueillir de telles offres portant sur des biens culturels.
Par ailleurs, le choix fait par la loi de ne viser que les opérations de courtage réalisées sous forme denchère semble artificielle dès lors que les vendeurs pourront librement mettre en vente de tels biens sur les mêmes sites au travers doutil de courtage à prix fixe.
Juridiquement, plusieurs éléments rendent fragile lencadrement des opérations de courtage aux enchères portant sur des biens culturels :
- En labsence de notification préalable aux instances communautaires, le texte pourrait être déclaré inopposable aux acteurs en application dune jurisprudence traditionnelle de la Cour de justice des Communautés européennes ;
- Le régime de responsabilité pénale applicable aux sociétés de courtage en ligne en labsence dagrément peut être, sous certaines conditions, incompatible avec le régime prévu par les articles 14 et 15 de la directive du 8 juin 2000 ;
- Le régime dagrément par le Conseil des ventes volontaires auquel seraient soumises les sociétés de courtage en ligne pourrait déclaré incompatible avec larticle 4 de la directive du 8 juin 2000.
Pour autant, le Forum estime quun encadrement du commerce des biens culturels, en particulier, au travers dopérations de courtage en ligne, doit avoir lieu afin dassurer une pleine protection du patrimoine culturel national et la sécurité juridique des cocontractants.
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Afin de pouvoir sappliquer aux activités de courtage en ligne, le régime protecteur instauré aux articles L. 321-4 et suivants du Code de commerce nécessite une adaptation spécifique aux opérations portant sur les biens culturels. A cette fin, le Code du commerce offre un bon cadre juridique pour regrouper et clarifier lensemble des dispositions applicables.
Dès lors que les sites de courtage sous forme denchères proposent également à leurs utilisateurs des solutions de courtage à prix fixe ou des solutions mixtes, la protection instaurée en faveur de la vente de biens culturels à laide de ces outils doit sappliquer de manière indifférenciée à lensemble de ces transactions. Le Forum estime donc que les recommandations suivantes ont vocation à sappliquer à lensemble des opérations de courtage en ligne portant sur des biens culturels, quelles que soit les modalités du courtage.
Lobjectif de ces dispositions est de permettre une protection des biens culturels, éléments essentiels de notre patrimoine, et dassurer la sécurité juridique de ces transactions.
1.- Information et protection des parties au contrat et sécurité juridique des transactions
> Identification du vendeur et de lacheteur
Le Forum estime nécessaire dinviter les sociétés de courtage aux enchères à prendre des mesures permettant la vérification des coordonnées du vendeur. Etant donné que cette procédure repose sur une opération purement déclarative de la part du vendeur, seule une obligation de moyens peut être imposée en la matière à lintermédiaire.
> Expertise du bien vendu
Le Forum des droits sur l'internet considère quil nest pas nécessaire dimposer la présence dun expert auprès du courtier lors de la mise en vente de biens culturels.
> Information du consommateur
Le Forum des droits sur l'internet estime que la société de courtage en ligne peut être tenue à une obligation dinformation vis-à-vis des vendeurs sur les obligations dinformation fixées par le décret du 3 mars 1981.
> Bonne exécution du contrat conclu
Le Forum considère que les sociétés de courtage devraient inviter, en application de leur obligation dinformation et de conseil, leurs clients à recourir, pour la conclusion définitive de la transaction, à des solutions de tiers de confiance permettant de garantir efficacement la paiement du prix et la délivrance du bien.
En outre, le Forum recommande que, pour les transactions portant sur des biens culturels dun montant supérieur à 3 000 euros, les vendeurs et acheteurs aient obligatoirement recours à un tiers de confiance.
2.- Protection du patrimoine national culturel et historique
> La demande de certificat en cas dexportation
Le Forum des droits sur linternet considère que les sociétés de courtage en ligne sont tenues dinformer les vendeurs et les acheteurs de la législation et de la réglementation applicable en matière de circulation et dexportation des biens culturels.
> Exercice du droit de préemption
Le Forum des droits sur l'internet estime quil paraît opportun daménager le régime existant afin de permettre au ministère de la Culture de pouvoir exercer efficacement ce droit de préemption sur les biens vendus au travers des plates-formes de courtage.
3.- Lutte contre le trafic de biens volés
> La tenue dun registre des objets mis en vente
Le Forum des droits sur l'internet considère opportun dadapter les dispositions du Code pénal afin de permettre aux sociétés de courtage en ligne de procéder à la tenue dun livre de police sous forme dématérialisées.
> Lutte contre les réseaux organisés
Le Forum des droits sur l'internet rappelle que dès lors que la société de courtage est susceptible dorganiser la vente duvres dart, elle est tenue de procéder à la déclaration de telles sommes soupçonnées de provenir dactivités criminelles organisées.
> Renforcer la coopération entre courtiers en ligne, ministère de la Culture et autorités judiciaires
Afin daméliorer la lutte contre le trafic illicite de biens culturels, un renforcement de la coopération entre les sociétés de courtage, le ministère de la Culture et les services du ministère de lIntérieur devrait avoir lieu notamment au travers de la mise en uvre doutils techniques et informatifs (interconnexion avec la base TREMA, page dinformation sur les sites, etc.).
4.- Ladoption dune définition autonome du bien culturel
Concernant lélaboration dune définition de la notion de « biens culturels », le Forum estime nécessaire que soit adoptée une définition autonome des biens culturels prenant en considération les objectifs de protection du patrimoine national culturel et historique, la sécurité juridique des transactions dans ce domaine particulier et la protection des cocontractants.
A cette fin, plusieurs éléments peuvent être identifiés :
- Il semble possible de reprendre les définitions littérales des biens culturels des catégories prévues à lannexe du décret modifié n° 93-124 du 29 janvier 1993 relatif aux biens culturels soumis à certaines restrictions de circulation sous réserve de certaines modifications.
- Ces définitions doivent être précisées par des seuils financiers et dancienneté adaptés aux objectifs de la loi et distincts de ceux du décret de 1993.
Le travail de définition devra être réalisé avec lensemble des services du ministère de la Culture en concertation avec lensemble des acteurs intéressés du courtage en ligne (courtiers aux enchères, antiquaires, marchands de tableaux, galéristes, etc.) dans le cadre dun travail spécifique. A cette fin, il est souhaitable que le Forum soit saisi du projet de texte par les autorités ministérielles afin de procéder à un travail de concertation entre les pouvoirs publics et les acteurs intéressés.
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Le Forum invite tout dabord à procéder aux modifications législatives et réglementaires rendues nécessaires en application de ces recommandations :
- Modification des dispositions de la loi du 10 juillet 2000, figurant aujourdhui au sein du Code de commerce, afin de mettre en uvre le régime juridique applicable aux sociétés de courtage ;
- Modification des dispositions du Code pénal (tenue dun livre de police) et du Code du patrimoine (droit de préemption de lEtat) ;
- Elaboration dun décret dapplication, en concertation avec les acteurs, permettant détablir une définition des biens culturels. Lintervention de ce texte est nécessaire afin de rendre opérationnelles certaines recommandations (tenue dun registre des biens mobiliers sous forme dématérialisée, possibilité pour les services du ministère de la Culture dexercer le droit de préemption, obligation de recourir à un tiers de confiance pour les opérations supérieures à 3 000 euros)
Dans lattente de ces modifications législatives et réglementaires souhaitables, le Forum préconise que ses recommandations dapplication immédiate puissent constituer une charte de bonne conduite des différents acteurs du courtage en ligne.
En particulier, le Forum invite ces acteurs à :
- Prendre les mesures nécessaires afin didentifier les vendeurs ainsi que de conserver les éléments techniques permettant lidentification des acheteurs ;
- Informer les vendeurs et acheteurs des dispositions du décret du 3 mars 1981, des dispositions relatives à la taxe forfaitaire sur la plus-value de certains biens, de la législation et de la réglementation applicable en matière de circulation et dexportation de biens culturels ;
- Renforcer la coopération entre les sociétés de courtage en ligne, les autorités judiciaires et les services intéressés du ministère de la Culture.
Enfin, il paraît nécessaire également quune réflexion globale soit menée afin dadopter une réglementation générale applicable à lensemble des acteurs de la vente de biens culturels (sociétés de ventes volontaires, antiquaires, brocanteurs, courtiers en ligne, etc.) reposant, notamment, sur les objectifs de protection du patrimoine national et de lutte contre le trafic des biens culturels.
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La composition du groupe de travail était la suivante :
Agnès AUDIER, Vice-Présidente, Groupe Havas ;
Françoise BRICCHI, Chargée de mission pour les questions de droit privé, Sous-direction des affaires juridiques, Ministère de la Culture et de la communication ;
Pierre CORNETTE DE SAINT-CYR, Commissaire-priseur ;
Isabelle FALQUE-PIERROTIN, Présidente du Conseil dorientation, Forum des droits sur linternet ;
Sophie HALMAGRAND, Direction générale des douanes et des droits indirects, Ministère de léconomie, des finances et de lindustrie ;
Patrick HENRIOT, Sous-direction des Professions judiciaires et juridiques, Direction des affaires civiles et du sceau, Ministère de la Justice ;
Edmond HONORAT, Conseiller dEtat, Président de la Commission consultative des Trésors nationaux ;
Eric SCHMIDT, Directeur des relations institutionnelles, Compagnie Européenne d'Intelligence Stratégique (CEIS) ;
Axel THONIER et Marie-José BOURGOIN, Direction générale de la concurrence, consommation et répression des fraudes, Ministère de léconomie, des finances et de lindustrie.
La coordination des travaux était assurée par Benoît TABAKA, chargé de mission au Forum, rapporteur du groupe.