Le Forum des droits sur l’internet
RECOMMANDATION
et
PISTES
D’ACTION
"LES MODES ALTERNATIFS DE
REGLEMENT
DES DIFFERENDS"
17 juin
2002
Contact :
contact@foruminternet.org
Dans un tel contexte, le Forum a souhaité s’intéresser non
pas seulement aux modes de résolution en ligne mais à l’ensemble des différends
nés en ligne et à l’utilisation d’un mode alternatif pour les résoudre.
Afin d’appréhender la variété des différends existant, deux
groupes de réflexion distincts ont été constitués : L’un chargé d’analyser
les différends pouvant naître entre un consommateur et une entreprise, l’autre
en charge de ceux liés à des contenus illicites ou préjudiciables.
Chacun de ces groupes a travaillé séparément, procédant au
total à plus d’une vingtaine d’auditions. Les deux groupes ont, à ce stade de
leurs travaux, décidé de mettre en commun leurs réflexions et propositions et
de s’associer dans une recommandation commune. Il ne s’agit pas de nier la
spécificité de chaque type de différend ; il s’agit de prendre acte de
leur accord sur une compréhension commune des MARD et sur un plan d’action.
Les principes sur lesquels reposent
les MARD
ü
Les MARD sont des outils de paix sociale qui doivent
permettre de renouer un dialogue qui a été rompu. Les modes alternatifs n’entendent pas
donner raison ou tort à l’une des parties. Ce sont des instruments de
pacification plus que de justice faisant plus appel à l’équité qu’au droit. Ils
permettent de « vider les conflits de leur substance ». Ils sont
appréciés des citoyens car ils leurs permettent d’être acteurs de la sortie
d’une situation de conflit les concernant, et non plus simples spectateurs.
ü
Les MARD prévoient dans tous les cas la présence d’un tiers,
distinct des parties, dont la mission est de faciliter le dialogue. Ce tiers a un rôle plus ou moins
actif dans la recherche de la solution. Le travail du Forum s’est concentré
autour des MARD dans lesquels le tiers joue un rôle de facilitateur auprès des
parties et non d’arbitre, cas où le tiers a un pouvoir de décision.
ü Les MARD sont des
compléments naturels des procédures judiciaires traditionnelles. Ils doivent donc être compris
comme des processus « à côté » des recours judiciaires traditionnels.
Ils ne peuvent donc prétendre se substituer à ces derniers ni en constituer une
étape préalable obligatoire.
ü Les MARD
apparaissent particulièrement pertinents dans le cas des conflits
transnationaux liés au développement du commerce électronique car ils
offrent un règlement rapide, d’un coût modéré, évitant les questions complexes
liées au droit international privé.
Bien que peu développés aujourd’hui
dans ces domaines, ils peuvent également offrir des solutions très
pertinentes pour des différends dits de « proximité », intervenus
entre des particuliers ou entre un consommateur et une petite entreprise. Ces
situations, qui risquent de représenter une part importante des différends
survenus en ligne dans le futur, sont insuffisamment prises en compte dans la
pratique actuelle des MARD.
ü Les MARD ne doivent
pas faire l’objet d’un encadrement juridique mais être laissés libres de se
développer dans leur diversité.
En effet, un encadrement
réglementaire de ces processus les transformerait en outils de justice
parallèle ce qui ne correspond pas à leur positionnement. La
nécessaire structuration de ces processus doit donc relever de l’incitation et
de la pédagogie plutôt que de la loi. A cet égard, il convient d’inciter à
l’adoption de règles déontologiques communes à ces processus afin d’accroître
leur lisibilité et leur crédibilité et donc la confiance que l’internaute peut
mettre en eux.
ü L’information
préalable des parties au début du processus est un élément-clé de la nécessaire structuration des MARD. Cette information doit avoir pour
objet de bien faire comprendre aux parties ce qu’est ce processus qu’elles ont
accepté et ce qu’elles peuvent en attendre. Il s’agit donc de bien situer les
MARD par rapport aux autres modes d’action tout en soulignant l’intérêt et les
limites de ce type de démarche. En outre, les questions de confidentialité du
processus, de suspension des délais de prescription, de force exécutoire de
l’accord, etc. doivent être clairement
évoquées auprès des parties.
ü
Si des modèles économiques semblent émerger pour les MARD de
consommation et illustrer l’adaptabilité de ces processus, il paraît difficile
d’envisager un mode de financement exclusivement privé pour les modes
alternatifs liés à des conflits entre particuliers. Dans ce cas, l’aide de l’Etat devrait être orientée
en priorité vers des expériences respectant les règles déontologiques
précédemment évoquées et vers un soutien à la formation du tiers facilitateur.
Les pistes d’action
Sur la
base des principes qui viennent d’être énoncés, le groupe a considéré qu’il
convenait de poursuivre cette première réflexion par la mise en place d’actions
concrètes selon le programme suivant :
ü contribuer de manière
active au débat européen sur les MARD, en particulier en répondant aux
interrogations soulevées par la Commission dans son Livre vert du 19 avril
dernier. Une réponse du Forum sera faite avant septembre 2002.
ü élaborer un cadre
déontologique de référence permettant de clarifier l’information préalable
nécessaire à fournir aux parties au début d’un processus alternatif. L’objectif
sera d’apporter aux acteurs désirant créer un mode alternatif de règlement des
différends une charte déontologique garantissant aux parties le respect
de certains principes.
ü
réfléchir à la formation du tiers. Cette
formation est, en effet, la garantie de
la qualité, de l’objectivité et par là même, la crédibilité des MARD.
ü développer un
portail d’information général et pédagogique sur la médiation -
conciliation permettant une information complète du public et un renvoi vers
les processus existant.
ü travailler, plus largement, à la mise en place
d’une structure opérationnelle de résolution des différends liés aux
litiges en ligne.
Le groupe
de travail se réunira en juillet et invite les acteurs intéressés à le
rejoindre dans la suite de ses travaux.