Internet fait sa rentrée : après un été un peu assoupi, où la presse a surtout parlé des dangers de l’utilisation d’internet par nos têtes blondes, voilà les sujets chauds de l’automne qui s’annoncent : le dispositif Hadopi, la bataille de divers consortia mondiaux autour de la numérisation des livres, la protection de la vie privée dans les réseaux sociaux…
Cette agitation n’est pas surprenante : l’internet est désormais notre lieu naturel de discussion et de socialisation, l’endroit où se focalisent nos débats et où s’expriment nos préoccupations. La grippe H1N1 est, sans surprise, déjà au top des recherches de Google.
Il faut observer ceci avec vigilance et une fois de plus le répéter : internet est comme le monde physique, s’y côtoient le meilleur comme le pire. Nous devons, collectivement, avoir la capacité de gérer le moins bon pour ne garder que le meilleur. Car l’internet, faut-il le rappeler, est une aventure unique de notre génération, une ouverture exceptionnelle sur le monde et des leviers d’action renouvelés.
Les pouvoirs publics français semblent souhaiter laisser leur marque dans cet univers. Ce n’est pas facile car leur légitimité naturelle y est fragile compte tenu de la culture du réseau. Ils doivent dès lors inventer un mode d’intervention correspondant à la biologie de cet univers. Sur internet, le pouvoir en effet ne se décrète pas mais il se construit à plusieurs ; la capacité de pilotage est largement liée à la capacité d’animer des réseaux, de fédérer des acteurs et des responsables, qu’ils soient publics ou privés. Tout ceci est un peu nouveau !
En France, l’effort est particulièrement intense compte tenu de notre tradition colbertiste qui met l’État en haut de la pyramide. Mais nous devons progresser ; l’action publique a toute sa place dans ce nouveau maillage. Elle est la seule qui peut arbitrer entre des intérêts divergents mais, surtout, elle doit parvenir à changer de nature, de culture : être publique par ses objectifs mais pas nécessairement par ses acteurs ; non pas régner mais animer.
Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé la mise en place d’un Conseil national du numérique. Au Forum des droits sur l’internet, nous attendons ce projet de façon positive car il nous donne l’opportunité de porter la corégulation à un plus large niveau et de bâtir, pour la société numérique, un outil de gouvernance moderne et adapté au XXIe siècle. Au FDI, nous le savons bien ; si la France reste avec son approche traditionnelle, nous sommes condamnés à subir la réalité d’internet, ballotés entre les stratégies d’entreprises et les particularismes individuels.




