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Jeux en ligne: rien ne va plus!

Jeux en ligne : rien ne va plus !


Publié le 31 mars 2008

Tribune de Jacques Myard, député des Yvelines, membre de la Délégation de l’Assemblée nationale pour l’Union européenne, Auteur, avec Emile Blessig, du Rapport d’information n°693 « Ne jouons pas avec les jeux : pour une politique maîtrisée ».

Une logique de libéralisation qui comporte des dangers avérés

Un récent revirement jurisprudentiel de la Cour de justice [1] a remis en cause la marge d’appréciation des États membres pour apporter des limitations à l’application, dans le domaine des jeux, de la règle de la libre prestation des services. Cette logique vient désormais appuyer l’objectif du tout libéralisation de la Commission européenne pour le secteur des jeux. En effet, onze États membres font déjà l’objet de procédures de la part de Bruxelles, la Commission n’hésitant pas à instrumentaliser la jurisprudence de la Cour contre l’avis des États.

Or, internet introduit des changements révolutionnaires qu’on ne peut plus ignorer :

  • Internet met en échec l’application des lois nationales, en particulier des lois pénales et fiscales. Ainsi, certains opérateurs concernés risquent d’être hors d’atteinte des autorités françaises, protégés par le voile de sociétés « offshore ». Le repérage des sites illégaux eux-mêmes peut être aisément rendu impossible grâce à l’intervention de serveurs appelés « rerouteurs-anonymiseurs ». De surcroît, à supposer même que des responsables soient identifiés et jugés par défaut en France, aucune extradition ne sera possible, soit parce que fait défaut un traité d’extradition, soit parce que les délits relatifs aux jeux incriminés ne sont pas punissables dans l’Etat requis. Du fait de la nature décentralisée et mondiale d’internet, il est extrêmement difficile pour un Etat de parvenir à bloquer indéfiniment des sites.
  • La mondialisation des infractions économiques. Le marché des jeux en ligne est considérable et les revenus de ces jeux devraient passer, via les téléphones mobiles à 7 milliards de dollars en 2009, alors que les paris sportifs seront à 3 milliards. Or, internet permet aisément la commission de délits à caractère économique, tels que les attaques de « déni de service » (introduction par des « hackers » dans un site en ligne pour y déclencher une augmentation du trafic, telle que les serveurs sont inondés de requêtes erronées et détournant les joueurs vers d’autres sites de jeux) ; le blanchiment ou encore le trucage des paris sportifs, notamment par la corruption des joueurs. On déplore les fraudes dont les joueurs peuvent être victimes et qui sont en pleine expansion (non-versement des gains, par exemple).
  • Internet est un facteur contribuant à l’extension du jeu pathologique qu’on chiffre aujourd’hui à 1,5 à 7% des joueurs. Près de 400 000 personnes seraient concernées en France par cette dépendance qui emporte de très sérieuses conséquences sanitaires, sociales et humaines.

Instaurer un cadre à la hauteur des dangers et qui prenne en compte la Planète internet

Il est fondamental de réaffirmer la primauté des Etats car l’activité des jeux relève avant toute chose de l’ordre public et non de la libre prestation de services.

Le défi d’internet et l’augmentation très forte de l’offre de jeux qui l’accompagne doit conduire à favoriser une offre nationale maîtrisée, transparente et responsable. Cela passe par la délivrance de licences nationales selon un cahier des charges strict permettant la promotion d’une offre licite de qualité sous le contrôle d’une autorité interministérielle dotée d’un pouvoir de sanction administrative. C’est aussi lutter contre l’offre illicite en interdisant les paris à la cote, en encadrant strictement la publicité, en bloquant des sites internet ou des transactions bancaires illégales. C’est enfin instituer une coopération internationale très étroite.

Mais c’est également promouvoir le jeu responsable avec une politique de prévention du jeu addictif et pathologique.

  • Les opérateurs publics et privés doivent, dans ce domaine, exercer leurs responsabilités comme le Forum des droits sur l’internet le fait en préconisant la mise en place d’une procédure fiable de contrôle de la majorité ainsi que l’interdiction de proposer des jeux directement destinés aux mineurs, s’appuyant par exemple sur leur univers ludique.
  • Il convient de développer des actions de sensibilisation dans la population, en particulier à l’adresse des jeunes et des très jeunes adolescents -génération baignant dans le foisonnement des jeux vidéos- qui sont un vecteur redoutable de l’addiction. Il s’agit de conserver au jeu sa fonction de divertissement et empêcher qu’il ne se transforme en aliénation.

Jacques Myard, député des Yvelines, membre de la Délégation de l’Assemblée nationale pour l’Union européenne, Auteur, avec Emile Blessig, du Rapport d’information n°693 « Ne jouons pas avec les jeux : pour une politique maîtrisée ».

[1] arrêt du 6 novembre 2003- Gambelli C-243/01

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Jeux en ligne : rien ne va plus ! publié le 31 mars 2008 sur le site du Forum des droits sur l'internet

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Lien utile

Ne jouons pas avec les jeux : pour une politique maîtrisée
Rapport d’information n°693, sur le site de l’Assemblée nationale
http://www.assemblee-nationale.fr/13/europe/rap-info/io693.asp

Réactions à cet article

1 Message

  • Jeux en ligne : rien ne va plus !

    1er avril 2008 05:19, par Alain Dubois

    Les commentaires et observations du député Jacques Myard, sont pertinent mais le principal « changement révolutionnaire Â» intervenu dans l’industrie du gambling n’est pas Internet mais le développement de l’informatique et des intelligences artificielles qui gèrent les différents jeux électroniques y compris ceux que l’on retrouve sur Internet.

    Les jeux électronique..l’Eldorado de l’industrie du gambling

    Le Sénat français a déjà relevé qu’actuellement ± 90% des profits des casinotiers proviennent machines à sous et autres jeux électroniques alors que ce pourcentage à la fin des années 80% était de ± 10%. Les jeux de tables (jeux d’argent et de hasard traditionels) ne sont plus là (ou presque) que pour le folklore. Le Texas Hold’em est lui, avant tout, l’outils de marketing et de promotion privélégié par l’industrie pour lui redonner un certain glamour et pour dévelloper l’habitude du jeu au sein de la population.

    Drôles de jeux…

    Le gambling (tout comme le tabagisme) n’est pas, comme le laisse sous-entendre l’industrie, une activité saine (de simples « plaisirs »). L’industrie du tabac a longtemps assimilé la prise d’une cigarette à un moment de détente inoffensif, l’industrie du gambling, fait aujourd’hui la même chose en voulant confondre le gambling à un jeu* (gaming), une activité ludique inoffensive ce qui est loin d’être le cas… Il existe aucune autre activité dite ludique qui crée autant de drame et de misère que les jeux d’argent et de hasard…

    Réglementer les programmes informatiques

    Aujourd’hui, ce qui est urgent c’est de réglementer (baliser) la conception de ces appareils et plus particulièrement des programmes (logiciels) qui entrent dans leur conception.

    La présence d’états croupiers rend la contestation plus difficile…

    L’industrie du tabac a connu un essor spectaculaire dans les années 50 grâce au développement de tabac génétiquement amélioré (plus de nicotine) et grâce a l’ajout de produits chimiques visant à renforcir l’addiction au tabac, l’industrie du jeu, a elle, suivi le même parcours sans scrupule, grâce au développement exponentiel de l’informatique et des nouvelles technologies.

    Les états croupiers en conflit d’intérêt

    Il est à souhaiter que cette industrie connaisse le même sort que celle du tabac… Par contre, la présence d’états (gouvernements) croupiers rend la gestion éthique et responsable de cette industrie plus difficile, puisque contrairement au tabac, les gouvernements gèrent (en totalité ou en partie) souvent eux même cette industrie dont ils sont devenus dépendants des profits colossaux qu’elle leur rapporte. C’est un conflit d’intérêt, qui faute d’une instance indépendante pour en évaluer, mesurer les impacts et proposer des pistes de solution visant le développement d’un contexte de jeu sécuritaire est très préjudiciable non seulement aux joueurs et à leur entourage mais à l’ensemble de la population. Il serait judicieux d’envisager que l’on confie à l’OMS le mandat d’étudier ce dossier de plus près…

    Alain Dubois www.emjeu.com

    À lire

    Leblond, J. (2007). Dangerosité des appareils électroniques de jeu et mesures de protection. Document d’analyse remis au Directeur de santé publique de la Capitale-Nationale dans le cadre des travaux de rédaction de l’Avis de santé publique sur l’implantation des salons de jeux au Québec. Québec, QC, 329 pages (PDF à TÉLÉCHARGER : http://www.jeu-compulsif.info/docum…)

    Voir en ligne : EMJEU - Coalition pour une gestion éthique et responsable de l’industrie du jeu